La dronisation de la Baltique : vers une nouvelle géométrie stratégique UE-OTAN

Le Rubicon en code morse
Mar 25

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La mer Baltique est à la fois l’une des régions les plus connectées d’Europe et l’une des plus fragiles. D’une zone de coopération pacifique, elle est devenue en 10 ans un espace de contestations et de confrontations, comme l’a démontré la spectaculaire violation de l’espace aérien estonien par des avions de chasse russes en septembre 2025.

Face à la stratégie russe d’« arsenalisation globale », c’est-à-dire d’utilisation de tous les leviers possibles pour mettre sous pression les autres États de la Baltique, ainsi que les membres de l’Union européenne (UE) et de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), ces derniers travaillent à développer la surveillance et l’action par drones sur la mer, sous la mer, sur les côtes et dans l’espace aérien baltique.

En effet, l’intensité du trafic dans la région (15 % du trafic maritime mondial) rend impossible une surveillance continue uniquement par des moyens humains et des équipages ; il est donc très probable qu’elle devienne rapidement un lieu où la dronisation sera particulièrement rapide et visible en raison de la proximité de la Russie et de l’intérêt des États de la région, peu peuplés, pour ces technologies.

Dans cet article, la « dronisation » ne renvoie pas uniquement à la multiplication des objets participant à la sécurité, mais à une transformation qualitative des dispositifs de sécurité et de défense. Elle désigne l’intégration croissante de systèmes non habités, autonomes ou non, dans les fonctions militaires clés, comme la surveillance, la reconnaissance, la dissuasion ou l’intervention, et leur insertion dans des chaînes de décision de plus en plus rapides et partiellement automatisées. La dronisation modifie ainsi les doctrines opérationnelles, les seuils politiques de l’usage de la force et la spatialisation du contrôle, en particulier dans des espaces denses, étroits, interconnectés et politiquement sensibles comme la mer Baltique ou la mer Noire.

Cette approche s’inscrit dans le prolongement des travaux critiques sur les drones. Ian Shaw a montré que les drones participent à la constitution de nouvelles géographies de la guerre, fondées sur une surveillance permanente, un nouveau rapport à la distance et une distribution asymétrique du risque entre acteurs. Katherine Chandler souligne, pour sa part, que la généralisation des systèmes autonomes et semi-autonomes transforme les organisations militaires, les pratiques de décision et les régimes de responsabilité, en brouillant les frontières entre action humaine et automatisation. Ces analyses permettent de penser la dronisation de la Baltique non comme une simple évolution capacitaire, mais comme une recomposition plus large des modes de contrôle et de dissuasion dans un espace stratégique européen central.

Dans cette perspective, dans quelle mesure cette dronisation peut-elle être perçue comme un défi pour la coopération entre l’UE et l’OTAN ?

La multiplication des menaces et des enjeux de sécurité en Baltique

La mer Baltique est 7 fois plus petite et 27 fois moins profonde en moyenne que la Méditerranée. Elle est aussi très fragile sur le plan écologique, avec un renouvellement des eaux très lent, tous les 30 ans environ. Dans les années 1990, ces spécificités ont constitué des incitations à la coopération. La Baltique a été tapissée d’un réseau de câbles sous-marins transportant de l’énergie et des données, tout en restant la principale voie d’exportation des hydrocarbures russes vers les marchés globaux. Cette multiplication des infrastructures s’est doublée d’un développement de multiples coopérations institutionnelles à plusieurs niveaux, des villes aux États et aux régions, notamment à travers le Conseil des États de la mer Baltique.

Aujourd’hui, ces spécificités sont autant de fragilités. La région est à l’origine du tiers du produit intérieur brut (PIB) de l’UE, et la sécurisation de ses infrastructures est vitale pour protéger les 80 millions de citoyens européens riverains. Cette sécurisation n’est pas simple. Contrairement à ce qu’affirment certaines analyses, la Baltique n’est pas un « lac otanien », mais bien une mer internationale dans laquelle toutes les nations du monde peuvent naviguer.

C’est ce que soulignent à loisir les Russes, qui estiment que les sanctions européennes liées au conflit en Ukraine entravent leur accès en tant que riverains de la Baltique. Or, pour Moscou, cet accès est fondamental à plusieurs échelles : pour sécuriser la continuité étatique entre la Russie et son enclave de Kaliningrad, alors que les liaisons terrestres via la Lituanie sont devenues compliquées ; pour maintenir de façon opérationnelle l’une des plus importantes flottes militaires russes ; et pour assurer l’exportation de ses approvisionnements en matières premières.

Pour ces raisons, cette mer, qui était perçue par ses riverains comme une opportunité pour la coopération, est devenue une source de menaces potentielles. Les États bordant la Baltique envisagent aujourd’hui cet espace comme une zone de confrontations dans les airs, sur et sous la mer, utilisant tous les moyens à leur disposition, du lawfare au brouillage GPS, des menaces informationnelles aux attaques de drones pour déstabiliser l’adversaire.

Les illustrations des défis de sécurité ont été nombreuses ces deux dernières années. Dans le ciel, les plus médiatiques ont été à la fois les incursions d’avions de chasse russes dans les espaces aériens estoniens et polonais, mais aussi de drones franchissant les frontières du Bélarus et de l’Ukraine vers la Pologne ou perturbant le trafic des avions dans les aéroports danois, allemands et norvégiens. Le brouillage des signaux GPS, opéré depuis Kaliningrad, a également dégradé la sécurité aérienne et navale dans la région. Ces brouillages peuvent avoir des effets sur les drones de la région : dégradation de leur précision de navigation et de leurs capacités de ciblage dans des zones pouvant être très peuplées, mais aussi nécessité de disposer d’alternatives comme la navigation inertielle, la vision assistée par intelligence artificielle (IA) ou des repères terrestres. En plus d’augmenter la complexité technologique et opérationnelle, la dégradation ciblée du GPS donne un avantage comparatif aux forces russes, qui peuvent, elles, utiliser leur système national : Glonass.

Dans le domaine de la navigation, le développement de la flotte fantôme russe, lui permettant de contourner les sanctions occidentales sur ses exportations de pétrole et de gaz, est un enjeu de sécurité pour les États membres de l’UE et de l’OTAN. D’un côté, ils doivent tenter d’entraver le contournement des sanctions tout en respectant le droit international de la mer qui permet à ses navires sous pavillon de complaisance d’aider la Russie à exporter son pétrole. D’un autre côté, ces navires, souvent vétustes, posent un problème évident de sécurité environnementale qu’il convient de contrôler. À ce jour, les attaques de drones maritimes ukrainiens contre les ports, la flotte fantôme ou les navires russes se sont multipliées en mer Noire, mais il n’est pas inconcevable qu’elle se développent en mer Baltique.

Les interconnexions sont aussi d’une grande fragilité dans la région. Les États de la Baltique sont reliés entre eux par des dizaines de câbles qui transportent de l’énergie ou des données et qui sont vitaux pour le développement de la région. C’est la très faible profondeur de la Baltique, 55 mètres en moyenne, qui permet cette intensité de connexions, mais qui rend également ces États si vulnérables, car s’il est « facile » de créer ces liens, il est aussi facile de les espionner ou de les rompre. Depuis 3 ans, les « incidents » provoquant des ruptures de câbles se sont multipliés. Le premier qui vient à l’esprit est celui du Nord Stream 2, gazoduc reliant directement la Russie et l’Allemagne, dont la destruction en septembre 2022 n’a toujours pas été attribuée. En novembre 2024, deux câbles de télécommunications entre l’Ouest et l’Est de la Baltique (Suède-Lituanie-Finlande-Allemagne) ont été endommagés, probablement par un navire chinois dans un prétendu accident d’ancre. Un mois plus tard, c’est le câble électrique Estlink 2, entre l’Estonie et la Finlande, qui a été sectionné, réduisant la résilience du système électrique estonien.

Enfin, la Russie et le Bélarus ont aussi manipulé les flux migratoires vers la Pologne et les États baltes pour mettre la région sous pression, rendant encore plus nécessaire une surveillance accrue des frontières terrestres. À l’été 2021, le nombre de franchissements illégaux depuis le Bélarus vers la Lituanie s’est accéléré de façon importante, suivi de mouvements similaires vers la Lettonie et la Pologne. Les chiffres de l’Union européenne indiquent qu’en novembre 2021, près de 8 000 franchissements avaient été enregistrés contre 250 sur l’année 2020. Face à cette crise, les frontières ont été équipées de zones de non-franchissement, de barrières métalliques et de clôtures. En mai 2025, la Lituanie a fini par porter plainte contre le Bélarus devant la Cour internationale de Justice à propos de cette mise sous pression migratoire.

Les exemples sont donc nombreux, dans tous les domaines, pour illustrer la montée des tensions dans la Baltique. Ces dernières ne sont pas uniquement concentrées sur les États frontaliers avec la Russie, mais concernent des zones allant des détroits danois jusqu’à Saint-Pétersbourg. Les États de la Baltique font aujourd’hui face à la nécessité d’opérer une surveillance constante de la région, tout en s’assurant de pouvoir intervenir rapidement et de façon proportionnée.

La dronisation comme nouvelle couche de défense

La surveillance de l’ensemble des flux de personnes, d’éléments militaires, de marchandises, d’énergie et de données nécessite d’augmenter et de systématiser les capacités européennes. Il s’agit, par exemple, de surveiller le passage de plus de 4 000 bateaux par jour, soit 15 % du trafic mondial de conteneurs. Pour cela, les moyens humains seuls ne peuvent pas suffire et doivent être renforcés par des moyens satellitaires, ainsi que par une surveillance plus locale, aérienne, terrestre, navale et sous-marine.

Les enjeux sont considérables, parce qu’il faut s’attendre à une multiplication du nombre de drones de surveillance dans l’espace baltique, qui doit donner lieu à une nouvelle coordination pour permettre à la fois la fluidité des échanges, leur surveillance et leur protection.

L’un des premiers défis est d’adapter la réponse à la menace en temps réel et avec des capacités adéquates et proportionnées : à des attaques de drones doivent répondre du brouillage, de la guerre électronique et des capacités d’interception, pas forcément l’envoi d’avions de chasse ou de missiles à plusieurs centaines de milliers d’euros. Selon un ministre estonien, les attaques massives de drones à bas prix créent un effet « ticket de loterie » : soit ces drones touchent leur cible, soit ils épuisent les moyens militaires et financiers de l’État ciblé. Pour y faire face, il faut pouvoir développer la palette des réponses.

Dans cette perspective, et face aux violations de plus en plus fréquentes de leurs espaces aériens, les pays baltes ont obtenu de l’OTAN le renforcement de leurs capacités de surveillance aérienne. En effet, les trois États baltes ne disposent pas d’avions de chasse ; la police de leur ciel est donc opérée par rotation par les autres membres de l’OTAN depuis 2004. Cette mission a été renforcée par le triplement des bases de décollage (une dans chaque pays), mais aussi par la mise en place d’un nouveau modèle de défense aérienne par rotation, incluant des capacités d’interception depuis le sol. Les Pays-Bas ont, par exemple, déployé une batterie de missiles Patriot en Lituanie à l’été 2024.

Pour autant, il faut que les moyens mis à disposition répondent à la menace. Par exemple, la Lituanie a récemment été victime de l’envoi de ballons atmosphériques bélarussiens. Ces derniers ont l’apparence de ballons de contrebande, notamment pour le trafic de cigarettes. Leur quantité, (plus de 230 ballons pour les premiers mois de l’année 2025), leur altitude et la difficulté de leur détection par les radars posent de sérieuses questions de sécurité, si bien que la Lituanie a fermé sa frontière avec le Bélarus et a annoncé qu’elle détruirait désormais systématiquement ces ballons.

Pour faire face à ces menaces multiples, les États baltes ont proposé le développement d’un « mur de drones » à la frontière avec la Russie, porté par des entreprises locales du secteur de la défense. En effet, l’emploi de drones permet une réduction du seuil politique d’emploi de moyens militaires, car ils sont perçus comme moins escalatoires que les navires ou avions habités. Le projet a été repris et mis en avant par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, dans son discours annuel sur l’état de l’Union en 2025, bien qu’il ne soit probablement qu’une façon partielle de répondre aux enjeux ne se limitant pas à la seule frontière entre la Finlande, les États baltes et la Russie, comme le montrent les attaques de drones sur le Danemark, la Norvège et l’Allemagne.

C’est donc bien tout le système de surveillance et d’interception dans la grande région baltique qui est donc aujourd’hui en question. Pour cette raison, la multiplication des drones semble être une étape nécessaire.

L’OTAN automatique

Le besoin de développement dans ce domaine, souligné par tous les pays de la région, va créer des difficultés de trois ordres. La première consistera à créer un système national mais coordonné, adapté à des standards otaniens et compatible avec les autres couches (navales, terrestres et aériennes) de la surveillance et de la dissuasion. Le deuxième défi sera de gérer la multiplication des flux dans la région, potentiellement créatrice de menaces contre la sécurité, d’autant que la Baltique est une mer internationale et que la Russie développera également ses propres capacités dans le domaine des drones. Un dernier défi, incontournable, sera de générer la capacité de gérer l’ensemble des données récoltées par les capteurs dans la région.

Pour l’OTAN, il est donc impératif de muscler ses capacités. Le sommet des leaders des pays otaniens de la Baltique en janvier 2025, en présence du secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, et de la vice-présidente de la Commission européenne, Henna Virkkunen, l’a bien démontré : il y a une spécificité de cette région pour l’Alliance atlantique. Le sommet a annoncé le lancement d’une mission appelée « Sentinelle baltique » (« Baltic Sentry ») pour sécuriser les infrastructures de la région, y compris par des drones marins et sous-marins. L’OTAN avait alors annoncé que 20 drones marins allaient prendre part à cette mission. La région devient donc le principal lieu d’expérimentation de l’Alliance dans ce domaine : les drones, pour l’instant pilotés, pourraient progressivement devenir beaucoup plus automatiques.

Cependant, dans leur Stratégie de sécurité nationale publiée en novembre 2025, les États-Unis rappellent leur engagement envers l’OTAN, mais sans revenir à la vision inconditionnelle d’un parapluie automatique ou d’une responsabilité américaine pour toutes les crises, accordant moins de priorité aux préoccupations constantes des pays européens vis-à-vis de la Russie.

Le partage des tâches entre l’UE et l’OTAN

À terme, la question du partage des tâches entre l’OTAN et l’Union européenne se pose. Les États de la région comprennent cette nécessité, raison pour laquelle le Danemark a finalement rejoint la politique européenne de sécurité et de défense dont il s’était toujours tenu éloigné. Cela dit, avec l’entrée de la Finlande et de la Suède dans l’Alliance, cette dernière continue de jouer un rôle fondamental dans la région. Elle doit pouvoir coordonner les efforts de surveillance et de dissuasion de ses membres.

Face à l’augmentation de la menace, qu’il s’agisse de drones ou de ballons, la Lituanie a annoncé qu’elle changeait sa doctrine et qu’elle les abattrait systématiquement en cas d’intrusion sur son territoire, tout en déployant ses capacités plus près de la frontière avec le Belarus. Ces efforts, articulés au niveau national, doivent trouver leur coordination au niveau supérieur pour avoir une véritable efficacité. En effet, une grande partie des instruments destinés à assurer la protection de la région relève de l’Union européenne : transports, énergie, data, immigration et circulation, cyberprotection ou lutte contre les menaces hybrides. Par ailleurs, l’Union européenne dispose de moyens financiers que l’OTAN n’a pas. Par exemple, la Banque européenne d’investissement a annoncé en 2025 1 milliard d’euros d’investissements dans la défense lituanienne, en vue de créer une nouvelle base militaire pour accueillir une brigade allemande, de renforcer la défense contre les drones, d’accorder des prêts aux petites et moyennes entreprises (PME) du secteur et d’améliorer la mobilité militaire.

Ici, comme partout en Europe du Nord et de l’Est, se pose néanmoins la question de l’engagement des États-Unis à moyen et long terme. Il est possible que les retraits de troupes américaines en Europe soient d’abord visibles dans cette région, puisque c’est là que les moyens supplémentaires avaient été déployés face à la Russie.

De plus, les relations bilatérales entre les pays de la région et les États-Unis pourraient jouer un rôle. Copenhague et Berlin ont des relations compliquées avec Washington, tandis que Helsinki, Varsovie et Vilnius pensent avoir l’oreille du président américain. Ainsi, les décisions de ce dernier vis-à-vis de l’OTAN auront des répercussions sur tout le continent européen, mais particulièrement en Baltique où le moindre désengagement américain laissera la place à la Russie. Il y a donc une nécessité de mêler les expertises, les compétences et les financements des deux organisations dans la région.

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Les besoins de surveillance et d’opérations en Baltique, au-delà de la ligne de contact immédiate avec la Russie, ne vont que croître dans les années à venir. La région tout entière devient un terrain de test pour les capacités des Européens et des Russes, rendant inévitable le déploiement de drones.

Pour développer et coordonner leur utilisation, les Européens vont devoir apprendre à mieux se coordonner dans le cadre de l’UE et de l’OTAN afin d’agir de concert et protéger toute la région, tout en maintenant ouverte la possibilité de circulation pour la Russie.

Il est donc nécessaire de rendre opérationnelle la coopération entre l’UE et l’OTAN. Cette dernière pourrait illustrer de façon exemplaire ce que pourrait devenir un « pilier européen de l’OTAN » : renforcer l’action des Européens dans la région (y compris les États non-membres de l’UE, comme la Norvège et le Royaume-Uni), notamment par le biais de programmes capacitaires, de surveillance et d’exercices, tout en tirant le meilleur parti des outils offerts par l’Union européenne.


Crédits photo : Andrzej Rostek

Auteurs en code morse

Philippe Perchoc

Philippe Perchoc (@Philippe Perchoc) est chercheur et enseignant en relations internationales, spécialiste des politiques européennes de sécurité et de défense. Il dirige le bureau bruxellois de l’IRSEM Europe et enseigne au Collège d’Europe ainsi qu’à l’UCLouvain. Ses travaux portent sur l’évolution des structures stratégiques européennes, les élargissements de l’Union et la sécurité dans la région baltique.

Comment citer cette publication

Philippe Perchoc, « La dronisation de la Baltique : vers une nouvelle géométrie stratégique UE-OTAN », Le Rubicon, vol. 6, 25 mars 2026 [https://lerubicon.org/la-dronisation-de-la-baltique-vers-une-nouvelle-geometrie-strategique-ue-otan/].